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« Tu me crois un nègre sans sentiments… avec une roche dans la poitrine, hein? C’est que quand j’avais ton âge, j’attendais des choses que cette «femme folle» de la vie ne m’a jamais données. Tu vois, elle m’a arraché la deuxième prunelle de mes yeux. Heureusement il y a la mort qui comble… » 

Extrait de La Vie scélérate

Un extrait de La vie scélérate, oeuvre sublime (parmi tant d’autres) de la romancière Maryse Condé * qui donne immédiatement le ton du roman (au cas où vous auriez zappé le titre, pourtant très explicite lui aussi…)

C’est l’épopée fictive de la famille Louis depuis l’habitation Boyer-de-l’étang (à l’aube du XXème siècle) jusqu’au «déchoukage» de Duvalier fils, en passant par la construction du canal de Panama, l’incendie de San Francisco, les deux guerres mondiales, les mouvements américains d’émancipation des années 60 conduits par Martin Luther King et Malcom X, le rastafarisme et l’actuelle vague indépendantiste de la Guadeloupe…

Rien que çà !

La narratrice c’est Claude Elaïse LOUIS née en 1960 à Paris d’une mère guadeloupéenne.

Abandonnée 10 ans chez une nourrice bretonne, la narratrice est tenue aux antipodes de sa mère, de sa famille, de son peuple et de sa terre.

Cet éloignement forcé sera le point de départ d’une quête forcenée des origines dont le roman est l’aboutissement.

Seulement Maryse Condé ne nous conte pas la recherche du passé comme l’établissement d’une succession d’évènements. Il s’agit plutôt, par delà les causes, d’essayer de comprendre.

Comprendre la nécessaire logique «car tout ce qui est ne peut être autrement ». 

On voit chaque structure prendre place au sein d’une autre qui l’encercle et la comprend. Et l’autobiographie devient chronique familiale. La chronique familiale devenant l’histoire de la Guadeloupe puis de la diaspora dans sa presqu’intégralité, avant de finalement nous proposer une vision de ce siècle tout entier, dont le fil se déroule tout au long de ces 300 pages.

J’ai lu « La vie scélérate » il y a très longtemps quelques années (je vous avoue tout: c’était à sa sortie il y a donc plus de 25 ans !) et j’avais à l’époque rédigé une chronique pour un magazine papier qui s’appelait l’EBENE …

Plus récemment j’ai eu l’occasion d’en faire une chronique ICI

Je vous reparlerai très vite du dernier roman de Maryse Condé, Mets et Merveilles que je viens de recevoir.

Des bisous …

*Maryse Condé est écrivain, chevalier de la Légion d’honneur, Commandeur des Arts et Lettres, Grand Officier de l’Ordre National du Mérite. Elle a enseigné en Afrique puis a été professeur d’Université en Californie,

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