« La rétrospective CRAZY 80’s est un hommage vibrant que nous rendons à l’évolution du design dans le monde durant les années 80. »

Giulio Cappellini, directeur artistique de la maison Cappellini

En effet, cette décennie a marqué en Italie la transition d’un design milanais classique, à un design beaucoup plus libre, dans ses formes et ses couleurs – n’oublions pas que le mouvement Memphis est également né dans les 80’s, de cette même énergie créatrice.

C’est typiquement durant les années 80 que Cappellini va s’ouvrir au monde, se confronter à de nouvelles cultures, à de nouveaux artistes, à des designers soucieux de produire des objets à la pointe.

Pendant cette décennie, des collaborations structurantes pour la maison Cappellini nous ont galvanisés…

Elles mettent en scène de jeunes designers, au début de leur grande carrière : Jasper Morrison, Tom Dixon, Marc Newson, les frères Bouroullec, Shiro Kuramata et bien d’autres. C’est précisément avec ces grands talents que nous avons forgé une nouvelle façon de produire du design. Une méthode plus libre, dans le choix des matériaux, des formes, des couleurs.

Nous sommes extrêmement chanceux aujourd’hui de contempler le passé…

… Et de constater que les 80’s chez Cappellini ont donné vie à des modèles absolument iconiques: la S-Chair de Tom Dixon, la Thinking Man’s Chair de Jasper Morrison. Autant de pièces qui, non contentes de figurer dans les collections permanentes des plus grands musées d’art contemporain, sont un jalon de grande taille dans l’histoire du design.

Évidemment, l’approche pionnière de la maison Cappellini ne s’est pas arrêtée aux 80’s, mais cette période nous a permis de hisser la marque comme la référence du design made in Italy sur la scène internationale.

Dans les 80’s, tout partait d’un dessin que s’appropriaient ensuite ingénieurs et artisans pour donner naissance à un objet. Aujourd’hui, nous pensons les choses différemment, en privilégiant une production responsable, jamais au détriment de la créativité.

Nous sommes ravis de présenter cette rétrospective en partenariat avec Made In Design by Printemps et d’observer la créativité folle que les années 80 continuent d’insuffler sur ce que l’on produit aujourd’hui en 2022.

Comme en témoigne l’explosion de couleurs de notre exposition, la flamboyance et la folie créative des années 80 conservera à jamais un effet sans nul autre sur le développement du design dans le monde entier.

Alessandro Mendini (1931-2019) est une figure du design contestataire italien.

Il est aujourd’hui considéré comme le père du post-modernisme, grâce à un meuble phare devenu un manifeste de ‘’l’anti-design’’ : le fauteuil Proust réalisé en 1978 pour le Palazzo dei Diamanti à Ferrare.

Maintenant que je vous ai présenté le Manifeste de Giulio Cappellini, le moment est venu de vous montrer mes préférées parmi toutes ces superbes créations …

PROUST (Alessandro Mendini)

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Fauteuil PROUST by Mendini
Crédits photos zenitudeprofondelemag.com


Lorsqu’il imagine le fauteuil Proust, Mendini vient de fonder le groupe Alchimia avec d’autres trublions dont Michele De Lucchi.

Suite à l’industrialisation massive de l’Italie, Alessandro Mendini voit une banalisation du design, qu’il cherche à remettre en cause. Mendini considère alors que le design est arrivé au bout de son existence, que les objets et meubles sont devenus trop impersonnels à force d’être fonctionnels.

Il milite alors pour le re-design : la réutilisation de formes éprouvées, tournant ainsi le dos à l’élaboration de nouveaux standards chers au Bauhaus et il décide de détourner les classiques reconnus, en accentuant leur style par un simple décor appliqué.

Le designer remet la beauté plastique à l’honneur : son travail sur la couleur et le décor lui permet de raviver d’un nouveau souffle les objets du quotidien.
Complètement hypnotisé par l’auteur de ‘’A la recherche du temps perdu’’, Mendini décide de lui dédier un fauteuil. Comme l’écrivain, Alessandro Mendini considère que le temps est un flux continu et constant, où le passé se mélange au présent. Il imagine donc une bergère Régence aux lignes exagérées, recouverte de motifs multicolores empruntés au peintre pointilliste Paul Signac.

Que ce soit le bois sculpté ou le tissu, l’ensemble du siège est habillé d’une juxtaposition de touches colorées : un véritable feu d’artifice semble exploser sur ce siège, dont les caractéristiques baroques sont exagérées au plus haut point. L’imprimé nébuleux aux touches de couleurs fragmentées est constitué de touches, de pointillés juxtaposés de couleurs pures.

Cette bergère XVIIIe revisitée, oscillant entre kitsch et mix d’art, d’installation et de peinture, incarne un design expérimental hors de tout courant rationaliste et fonctionnaliste.

Avec Proust, Mendini rompt avec le design industriel pur et dur, s’appuyant sur la capacité des objets à faire rêver.

C’est donc l’œil de l’observateur qui fait le mélange des couleurs et non le peintre avec sa palette.


La forme du fauteuil correspond à une image du passé, alors que le présent est personnifié par le décor graphique.

Avec cette combinaison surprenante, Mendini veut prouver que le design est dans une impasse créative et que la décoration a désormais pris le dessus. Mendini magnifie l’ordinaire et s’érige contre les principes d’austérité tout en donnant libre cours à la passion pour le kitsch.
A l’époque, le décor était appliqué à la main avec une peinture acrylique, afin d’obtenir des pièces uniques, comme une réponse au design de masse conçu par une société industrialisée. Il en sera produit ainsi une trentaine, uniquement des pièces uniques, pas numérotées mais datées.

Création onirique, Proust est un véritable trône baroque et décalé qui nous entraine dans l’univers extravagant du génial Mendini…


Dans les années 70, Mendini devient le chef de file d’où le Le fauteuil Proust émergera comme une sorte de manifeste du mouvement radical re-design dont Mendini devient le chef de file. Il réinventera par la suite de nombreux meubles iconiques du XXe siècle en leur ajoutant couleurs et motifs : buffet de Kandinsky, chaises de Rietveld, Gio Ponti ou Joe Colombo…
Dans un premier temps, Proust est uniquement fabriqué et peint à la main dans l’Atelier Mendini.

En 1993, le fauteuil Proust est édité chez Cappellini dans une version habillée de tissus imprimés en plusieurs versions, alternant bleu et gris, vert ou jaune.
En 2009, Cappellini édite une nouvelle version baptisée ‘’Proust Geometrica’’. De forme identique, il est habillé d’un nouvel imprimé coloré : le pointillisme laisse place à de larges aplats colorés, sans perdre pour autant son caractère : la liberté, l’ironie et l’opulence sans peur de Mendini sont toujours là. Formes et couleurs s’unissent dans un décor aux lignes géométriques, résolument moderne qui évoque tout aussi bien la palette Pop art de l’artiste américain Rosenquist, les expérimentations des eighties que les peintres futuristes italiens.

BIG SHADOW

Le designer iconoclaste Marcel Wanders n’en finit pas d’étonner avec ses créations fantasques, impertinentes, romantiques, drôles et étranges. C’est en 1996 qu’il obtient la reconnaissance internationale grâce à la Knotted Chair (la chaise nouée), son premier succès, réalisée au sein du collectif de créateurs hollandais Droog. Combinant artisanat et haute technologie, cette création hybride illustre le goût de Wanders pour l’expérimentation. Depuis, ce siège et son créateur sont devenus cultes, au point d’être admis dans les plus prestigieux musées, comme le MoMA, le Musée d’art moderne de New York.
Conçu en 1998, le lampadaire Big Shadow réinterprète de façon ironique la forme archétypale de la lampe avec des dimensions élargies.

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Lampadaire Big Shadow de Marcel Wanders Crédits photos Zenitude

Le lampadaire Big Shadow impose de nouveaux volumes et proportions avec une grande élégance.

Les formes très simples et classiques sont modernisées par ce changement d’échelle, créant un contraste étonnant.
Aux détails décoratifs, Marcel Wanders a préféré jouer sur la matière. Les formes très minimalistes sont entièrement habillées de tissu blanc, un matériau qui rappelle le style des lampes classiques.
Bien que imposant par ses dimensions, le lampadaire Big Shadow arrive à se fondre dans différents types de décors grâce à ses formes minimalistes et à sa finition monochrome.

REVOLVING CABINET

Revolving cappellini
Revolving Cabinet de Shiro Kuramata
Crédits photos Zenitude Profonde le mag.com

Figure-clef du design postmoderne japonais, Shiro Kuramata (1934 – 1991) a profondément marqué le design du XXe siècle grâce à des pièces hors normes. Adepte du minimalisme poétique, le designer est réputé pour avoir essayé tout au long de sa carrière de se “libérer de la gravité” : personne avant lui n’a autant repoussé les limites de la matérialité. Épuré et ludique, le style de Shiro Kuramata est fait d’humour et de poésie alliés à une recherche de légèreté et de minimalisme.

Son travail sur la lumière, sur la transparence et l’immatérialité, ainsi que ses choix audacieux et inhabituels de matières font de Kuramata un précurseur.
En 1970, Shiro Kuramata conçoit Revolving Cabinet : une pièce mythique du design des seventies qui a révolutionné les intérieurs. Cet incroyable meuble présente un empilement d’innombrables casiers en acrylique rouge brillant qui pivotent à 365° autour d’un support central en métal. Telle une sculpture domestique évolutive, sa forme est en perpétuel changement selon la position des tiroirs. Clin d’oeil aux sculptures étagées de l’artiste américain Donald Judd (1928 – 1994), Revolving Cabinet est le parfait emblème des projets imaginés par Shiro Kuramata. Ces casiers en lévitation créent une sensation de déséquilibre : cette création est empreinte de tensions et d’équilibre. La forme géométrique sculpturale de ce meuble déguise sa fonction. Shiro Kuramata cherche continuellement à dérouter notre regard pour attiser notre curiosité et faire appel à tous nos sens.
Revolving Cabinet se compose de 20 casiers en acrylique rouge brillant qui pivotent autour d’une barre centrale en métal noir.
Les créations de Shiro Kuramata sont aujourd’hui exposées dans les plus prestigieux musées comme le MoMA à New-York, le Musée des Arts Décoratifs à Paris, le Vitra Design Musem à Bâle et le National Musem of Modern Art à Kyoto.

La production de Shiro Kuramata est essentiellement constituée de séries limitées et rares qui atteignent des prix élevés dans les ventes aux enchères.

Vous pouvez voir ces magnifiques créations jusqu’à la fin du mois de décembre au 2eme étage du Printemps de la Maison.

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