À l’occasion de l’exposition – événement « Ce que les Maîtres ont de meilleur, Matisse élève et professeur. 1890-1911 » au  musée Matisse Le Câteau-Cambrésis,

La Pourvoyeuse Henri Matisse

Jeudi dernier, le C2RMN et le Département du Nord nous avaient conviés à découvrir une nouvelle toile d’Henri Matisse…

LA POURVOYEUSE,1896-1903

La Pourvoyeuse d’Henri Matisse – Crédits Photos : Zenitude Profonde Le Mag

«La Pourvoyeuse» va bientôt enrichir la collection permanente du musée Matisse du Cateau- Cambrésis.

Cette peinture de jeunesse est une copie de l’œuvre de Jean Baptiste-Siméon Chardin réalisée par Matisse au Louvre au cours de son apprentissage, dans l’atelier de Gustave Moreau.

L’œuvre avait été offerte par Amélie Matisse, épouse d’Henri, à l’oncle de l’ancienne propriétaire, en remerciement de la location d’une maison dans son village natal de Beauzelle (Haute-Garonne) pendant l’exode de la Deuxième Guerre Mondiale.

Henri Matisse « La Pourvoyeuse », 1896-1903

A partir de 1893, Matisse va se confronter essentiellement à deux grands peintres : Corot et Chardin. Leur influence sera déterminante pour la construction de son travail comme l’a été Goya pour l’affirmation de sa volonté à devenir artiste.

Le premier tableau copié – et non terminé – par Matisse fut « La Pipe » de Chardin.

S’en suivront : « La Raie », « Le Buffet », «Nature morte » (vers 1760) et « La Pourvoyeuse».

LA RAIE ©zenitudeprofondelemag.com

LA RAIE d’Henri Matisse – ©zenitudeprofondelemag.com

Avec cinq copies, Chardin devance Poussin (dont Matisse ne copia que trois tableaux) et montre toute l’importance du Maître dans l’évolution de Matisse.

Ce tableau vient donc compléter la collection autour de cette période d’apprentissage de Matisse et plus particulièrement celle des copies faites au Musée du Louvre.

OEUVRES DE MATISSE COPIÉES AU LOUVRE

La particularité de la copie de « La Pourvoyeuse » est qu’elle marque une avancée importante dans cette progression de Matisse.

Les tableaux qu’il réalisait alors, très proche par leurs tonalités de ceux de Chardin, se cantonnaient à la nature morte, sujet considéré alors comme mineur.

Matisse hésitait et ressentait une certaine difficulté à aborder le portrait.

La copie de « LA POURVOYEUSE» lui donna l’occasion de se lancer dans la recherche sur la figure humaine.

LA POURVOYEUSE Henri Matisse

La Pourvoyeuse d’Henri Matisse – Crédits Photos : Zenitude Profonde Le Mag

Qui plus est, le sujet représenté par Chardin met en avant, pour compenser la banalité de la scène, une recherche poussée sur le rendu des matières, la couleur des tissus (le blanc laiteux de la chemise et le bleu de la blouse), ce qui ne manque pas d’interpeller Matisse issu d’une famille de tisserands implantée depuis plus de 300 ans autour du Câteau-Cambrésis.

On peut donc considérer que cette copie marque le début d’un sujet : le portrait. Cela va constituer le nouveau fil conducteur du travail de l’artiste.

La recherche sur les textiles, leurs couleurs viennent enrichir son intérêt et la complexité créée par les deux portes ouvertes successivement par Chardin dans sa composition ouvre le champ à la réflexion quand on connaît l’importance que prendra la fenêtre, l’ouverture dans le travail de Matisse.

Se trouvent déjà dans le parcours du musée deux copies de Matisse d’après des œuvres de Chardin :

Le Buffet, dépôt du CNAP et La Raie, don de Matisse en 1952.

Il est donc important de pouvoir intégrer cette œuvre dans le parcours des collections, d’autant plus que cette période sera particulièrement mise en avant lors de la grande exposition : « CE QUE LES MAÎTRES ONT DE MEILLEUR . MATISSE D’ÉLÈVE À PROFESSEUR , 1890-1911 ».

Cette peinture de Matisse est inscrite au N° PZ 359 des archives de l’artiste.

Authentifiée par Wanda de Guébriant en 2007 , « LA POURVOYEUSE » a été exposée au musée Matisse de Nice du 26 mai au 15 octobre 2008, dans le cadre de l’exposition «HENRI MATISSE SOUS LES FEUX DE LA RAMPE» , 1963 -2008.

Compte rendu scientifique de « La Pourvoyeuse » :

Equipe scientifique du C2RMN

Équipe scientifique du C2RMN ©ZenitudeProfonde Le Mag

« Il est reconnu que Matisse, dans sa période de formation à la peinture, a effectué de nombreuses copies de maîtres anciens au Louvre, ce qui était d’ailleurs une pratique incontournable de l’enseignement artistique jusqu’au XXe siècle.

Il affectionnait particulièrement, selon ses propres dires, les œuvres de Chardin. Nous avons ici une illustration brillante de cette prédilection de Matisse pour son modèle.

Comme nombre d’œuvres d’art à leur entrée dans les collections publiques, le tableau de Matisse a fait l’objet d’examens et d’analyses en vue de son étude d’un point de vue matériel ; et de la documentation donnant une synthèse de l’état de l’œuvre à un instant donné de son histoire. La peinture ne posant pas de problème particulier – elle n’est pas venue en vue d’une restauration ou suite à une dégradation, pas plus que son authenticité n’est mise en doute – le choix des examens effectués a été fait pour en donner une première idée générale.

Aussi le dossier comporte-t-il une série standard de prises de vue, comme pour toutes les œuvres venant au C2rmf, à savoir en éclairage visible ; infrarouge ; ultraviolet ; rasant et sous rayons X.

Les analyses non invasives ont été effectuées par pointés de fluorescence X, dont les spectres qui en résultent permettent de connaître les éléments atomiques (par exemple le plomb, le fer, le chrome, etc.) constituant l’œuvre.

Ces données donnent une première idée des grandes familles de pigments utilisées par l’artiste ou par les éventuels intervenants ultérieurs (en cas de restauration, par exemple).

D’un point de vue de la stricte description matérielle, l’œuvre a été peinte sur une toile de préparation blanche contentant du zinc et du baryum (= lithopone ?), étendue de manière industrielle : elle a été étendue et séchée avant découpe et mise en tension.

Il en résulte que la toile déjà rigidifiée par cette première couche ne présente pas de «guirlandes de tension ». Hormis le bâti sur lequel la toile – ou plutôt le rouleau duquel elle provient- a pu être préparée, on peut considérer le châssis actuel comme étant celui de la tension originale de l’œuvre, celle proposée par le marchand et choisie par l’artiste. La préparation originale est restée visible sur les tranches, et est devenue grise du fait de l’encrassement et du vieillissement. Les semences (clous de fixation) actuelles sont souvent celles d’origine, mais certaines autres perforations témoignent d’une remise en tension partielle de la toile.

La palette utilisée comporte des pigments classiques comme le blanc de plomb, les ocres et même l’orpiment, mais également modernes –pour l’époque- avec les pigments au chrome (jaune ou rouge) et au cobalt (bleu).

Ainsi, par comparaison avec l’original, nous constatons que Matisse a – délibérément ? – pris ses distances avec Chardin dans son processus pictural. En effet, la palette utilisée n’est pas choisie dans un but « archéologique » mais correspond aux pigments en vente à son époque, c’est-à-dire au terme de cent ans de découvertes majeures dans la chimie des pigments.

Malgré ces différences matérielles, la gamme des tons de l’œuvre originale est respectée. La démarche de Matisse concerne bien plutôt le dessin exact, la sûreté de la touche, laquelle est d’ailleurs très grande et patente notamment sur la radiographie.

De ce point de vue, les différences avec l’original portent sur la simplification géométrique des touches, notamment dans les drapés, qui annonce peut-être, et très modestement encore, la suite de son œuvre.

Gilles Bastian, conservateur du Patrimoine C2RMF

Cette période de construction artistique de Matisse permet d’expliquer les différentes phases de son évolution et les influences que ce territoire a pu engendrer dans son travail.

Henri Matisse, en faisant don à l’aube de sa vie d’un ensemble cohérent d’œuvres à sa ville natale, certes, raconte son histoire mais illustre surtout ce qu’il se plaisait à dire :

« Tout était déjà là au commencement »

L’acquisition de «La pourvoyeuse» intervient dans le cadre du 150ème anniversaire de la naissance du peintre et prendra place dans la prochaine exposition :

« Ce que les Maîtres ont de meilleur », Matisse élève et professeur. 1890-1911 au musée Matisse Le Câteau-Cambrésis du 9 novembre 2019 au 9 février 2020.

Infos Pratiques

« Ce que les Maîtres ont de meilleur », Matisse élève et professeur, 1890-1911

Du 9 novembre 2019 au 9 février 2020

Musée Matisse Le Câteau-Cambrésis – Palais Fénelon – Place du Commandant Richez

59360 Le Cateau-Cambrésis

+33 (0)3 59 73 38 00

Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h

Fermé les 1er janvier, 1er novembre et 25 décembre

Crédits photos : Zénitude Profonde Le Mag

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