Aujourd’hui, 27 janvier 2020, c’est la Journée de la mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l’humanité. Une journée qui coïncide avec le 75e anniversaire de l’entrée des soviétiques dans les camps.

LA VOIX DES TÉMOINS

Le Mémorial de la Shoah propose une exposition évènement qui met en exergue la construction de la figure publique du témoin.

LA VOIX DES TÉMOINS invite à découvrir, au sein d’espaces sonores dédiés, les voix et les paroles inestimables de Primo Levi, Simone Veil, Élie Wiesel, Imre Kertész, Marceline Loridan-Ivens, Samuel Pisar et Aharon Appelfeld.

Qu’appelle-t-on un « témoin » de la Shoah ?

« Un témoin de la Shoah est quelqu’un qui a vécu le génocide perpétré contre les Juifs au cours de la Seconde Guerre mondiale, et qui a laissé une trace de cette expérience – qu’il ait survécu, ou non. Le terme même de « témoin » est apparu assez tardivement. À la fin de la guerre, ceux qui revenaient n’étaient pas nommés, on n’avait pas de nom pour eux. Puis, on a utilisé différents termes : les « déportés », les « rescapés », les « survivants ». Ce n’est que lorsqu’on a commencé à écouter véritablement leurs récits, dans les années 1960, que l’on a vu émerger le mot « témoins ». Le terme vient d’ailleurs du champ juridique : le témoin est celui qui vient attester, certifier. Il adresse cette expérience, ce récit, pour perpétuer la mémoire.

Nous avons souhaité montrer dans cette exposition que la figure du « témoin de la Shoah », qui semble s’être imposée aujourd’hui dans le champ public et dans notre rapport collectif à la mémoire, résulte d’une construction historique.

À travers des documents, des archives audiovisuelles, ou encore des manuscrits inédits, l’exposition retrace le parcours du témoignage, depuis la clandestinité la plus dangereuse des manuscrits qui furent enterrés à Birkenau en 1942, jusqu’à l’image du matricule de Simone Veil exposé aux pieds des marches du Panthéon en 2018 (…) Parmi les personnalités extraordinaires que nous avons pu interviewer pour produire les films que vous verrez dans cette exposition, figure un entretien inédit avec Serge Klarsfeld. Je n’oublierai pas l’acuité de son regard au moment où, alors que je l’interrogeais sur la transmission de la mémoire à la troisième et même quatrième génération, il nous a dit : « Chacun doit se demander en lui-même : en quoi puis-je agir pour combattre l’oubli ? ».

Modestement, nous espérons que ce parcours au cœur de la voix des témoins puisse donc constituer une expérience forte, qui engage ou poursuive la chaîne de la transmission. Car Elie Wiesel l’a dit de façon claire et lumineuse à la fin de sa vie : « écouter un témoin, c’est le devenir à son tour »(…)

LÉA VEINSTEIN ÉCRIVAINE ET PHILOSOPHE, COMMISSAIRE SCIENTIFIQUE DE L’EXPOSITION.

Une frise chronologique pour retracer l’histoire du témoignage…

 À travers des biographies, des manuscrits originaux, des archives sonores et filmiques.

Cette histoire, éclairée de commentaires de ses principaux historiens, intellectuels acteurs ou analystes, aborde également la manière créative dont la troisième génération après les survivants poursuit cette transmission avec détermination.

« Nous avons souhaité retracer l’histoire du témoignage à travers une frise chronologique. Il s’agit ainsi d’inscrire la voix des témoins dans l’histoire, c’est-à-dire dans le temps dans lequel cette parole a émergé, et dans lequel elle a été (ou non) écoutée. En dépit de la dimension universelle et, en un sens, intemporelle des témoignages, cette frise montre que la parole et la figure du témoin sont intrinsèquement liées au façonnement de la mémoire collective.

Riche d’archives et de documents inédits, elle fait apparaître deux lignes temporelles. La première est celle de l’évolution du témoignage. En dépit de variations de langue, de destinataire, de nature et de forme, ce qui frappe est que, de 1942 à aujourd’hui, les déportés témoignent inlassablement. »

Léa Veinstein, écrivaine et philosophe

« 75 ans après la Shoah, le Mémorial a voulu donner la parole aux rescapés plus que jamais engagés dans la transmission et le combat contre toute forme de haine et d’intolérance. Notre exposition et le cycle de conversations inédites entre des rescapés, des journalistes, et des artistes ponctueront cette année 2020. Ces paroles, ces engagements constituent
un témoignage à préserver et à diffuser très largement. Ils nourrissent notre mission pédagogique et citoyenne contre l’antisémitisme
et le racisme pour le présent et pour l’avenir . »

Jacques Fredj, directeur du Mémorial de la Shoah

 

 

La voix des témoins est d’abord une voix qui nous vient de Birkenau.

Plus exactement, du sol de Birkenau, où des manuscrits furent enfouis par les membres des Sonderkommandos, « unités spéciales » constituées de détenus juifs, contraints d’extraire les cadavres des chambres à gaz, de les brûler et de disperser les cendres. Retrouvés des années plus tard, ces papiers jaunis sont les premiers témoignages dont nous disposons. Aucun de leurs auteurs n’a survécu. Mais tout témoignage ensuite, de ceux qui reviendront, a un lien souterrain avec ces manuscrits – une dette. Car ils recèlent le sens profond de ce qu’est un témoignage : laisser une trace. C’est une résistance, et une mise en échec du projet nazi qui voulait supprimer le peuple juif et toute trace de la suppression elle-même. Tout témoignage, ensuite, reflètera cette urgence à dire. Les témoins parleront après eux, comme le dit magnifiquement Primo Levi, « par délégation ».

La seconde ligne qui émerge est celle de l’évolution de la réception du témoignage à l’intérieur de la société française. Elle connaît des fluctuations et des ruptures plus tranchées, mais suit une évolution croissante depuis l’après-guerre. Elle donne à voir l’émergence de la figure du « témoin » à partir des années 1960 (le terme lui-même apparaissant d’abord dans le contexte des grands procès de criminels nazis), puis la multiplication des œuvres et la reconnaissance grandissante de l’importance historique et morale du témoin.

INFORMATIONS PRATIQUES

Mémorial de la Shoah

17, rue Geoffroy–l’Asnier
Paris 4e
Tél. : 01 42 77 44 72

Ouverture de 10h à 18h

tous les jours, sauf le samedi. Nocturne jusqu’à 22h le jeudi

Entrée libre et gratuite

Visites guidées
Cycle de rencontres et projections à l’Auditorium Edmond J. Safra

Métro Saint-Paul ou Hôtel-de-Ville

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