L’exposition Lotus d’Or qui se tient jusqu’au 26 octobre prochain revient sur la tradition des « petites chaussures » en Chine.

La coutume des pieds bandés a été pratiquée en Chine pendant plus de mille ans.

Son origine remonterait à la fin des Tang, au xe siècle, quand l’empereur demanda à sa jeune concubine de se bander les pieds pour exécuter la traditionnelle danse du lotus et ainsi accroître son désir.

Un siècle plus tard, la coutume entre dans les mœurs et devient à la mode chez toutes les femmes de l’empire, devenant ainsi une tradition familiale qui symbolise la richesse et la distinction. En effet, les femmes aux pieds bandés ne peuvent travailler qu’à des tâches domestiques simples, ce que ne peuvent se permettre les familles pauvres. Le statut d’une femme dépend en grande partie de ses talents de brodeuse exercés dans la fabrication de minuscules souliers et de jambières qu’elle coud pour sa famille et pour elle-même.

Les chaussures, finement brodées, témoignent de l’importance donnée à l’esthétique féminine.

Confectionnées pendant un millénaire, elles témoignent de la coutume des petits pieds qui s’est imposée aux femmes à partir du Xème siècle, et dont l’origine plonge dans les légendes autant que dans l’histoire attestée.

L’importance donnée à la petite taille des pieds et l’opportunité de marier leurs filles à des familles plus fortunées répandit la coutume et, à la fin de la dynastie Qing, on pouvait voir des femmes aux pieds bandés dans toutes les classes sociales de la société Han, à l’exception des plus misérables et du groupe des Hakka, chez qui les femmes assumaient une partie des travaux dévolus aux hommes dans les autres ethnies.

Les femmes mandchoues et mongoles, elles, ne pratiquaient pas le bandage des pieds (alors qu’elles occupaient le sommet de la hiérarchie sociale sous la dynastie mandchoue des Qing). Elles prirent en revanche l’habitude de confectionner des chaussons destinés à leur donner la démarche chaloupée des femmes aux pieds bandés.

Quelques empereurs, dont l’impératrice Cixi, tentèrent sans succès de bannir la pratique. En 1664, l’empereur Kangxi punit sévèrement cette pratique, qui persiste toutefois. D’autres tentatives ont lieu, notamment au XIXe siècle.

Puis, en 1912, après la chute de la dynastie Qing, le gouvernement de la République de Chine, interdit le bandage des pieds et força les femmes à ôter leurs bandelettes, ce qui s’avéra presque aussi douloureux et traumatisant à l’égard des tabous dont les pieds nus faisaient l’objet. La pratique se poursuivit dans la clandestinité, parallèlement à l’émergence de sociétés progressistes dont les membres s’engageaient à ne pas bander les pieds de leurs filles et à ne pas marier leurs fils à des femmes aux pieds bandés. L’interdiction fut réellement effective après 1949, sous la République populaire de Chine.

La mode de se bander les pieds, touchant d’abord les courtisanes de haut rang, se répandit rapidement chez les femmes de familles aisées. A la fin du XIème siècle, cette pratique s’était même généralisée à l’ensemble de la société. Elle ne gagna cependant pas les familles
pauvres, où les femmes devaient travailler dans les champs.
Jusqu’au début du XXème siècle, le « petit pied » ou « pied de lotus » devient signe d’aisance sociale et de distinction, de beauté et d’élégance.

Une telle coutume ne put naturellement se développer que dans une société patriarcale où les femmes – même riches – étaient
recluses, vouées à des tâches domestiques – ce pour quoi elles purent elles-mêmes fabriquer et broder les petites chaussures qu’elles portaient.
Leurs petits pieds ne leur permettaient pas de marcher longtemps (dans les classes supérieures, on se déplaçait en chaise à porteurs couverte), les confinant dans la maison.
Le respect de cette coutume devint gage de fidélité de l’épouse ; et pour une jeune fille à marier, c’était le signe qu’elle n’avait jamais pu quitter le domicile familial. Au moment des fiançailles, c’est d’ailleurs une de ces petites chaussures qui était envoyée au futur mari.
L’érotique du petit pied
Le petit pied présentait aussi un intérêt esthétique et érotique. En Chine, le pied était considéré comme l’une des parties les plus érogènes du corps ; et sa petitesse était gage de beauté et de charme secret, dans une société où par tradition, la beauté et le désir sont
associés à une grâce discrète qui se découvre lentement. C’est pourquoi dans les représentations picturales chinoises les pieds ne sont presque jamais apparents, constituant le symbole d’une intimité que l’on dérobe volontairement au regard.

Cet érotisme du pied était particulièrement développé dans les maisons de plaisir où ils étaient objets de séduction et moyens de jouissance.
La sensualité était d’ailleurs physiologiquement accrue par la pratique du bandage des pieds : comprimant le bas du corps, elle faisait remonter le sang dans les jambes, accroissait le volume du bassin et gonflait les parties sexuelles, tendant davantage les muscles des cuisses. La démarche même en était profondément affectée. La femme ne pouvant ni prendre appui sur les talons ni se stabiliser à l’aide de tous ses orteils, la marche se faisait à petits pas, le corps se balançant et ondulant, offrant ainsi aux regards masculins le spectacle d‘une danse suggestive.

L’exposition de chaussures chinoises traditionnelles, dites « lotus d’or », à l’espace Jules Vallès de Paris, est un événement exceptionnel organisé autour de 4 grands axes: les chaussures liées au mariage, les significations symboliques, le rapport à l’existence sociale, les variétés de savoir-faire et l’imitation moderne.

Si vous souhaitez admirer ces petites chaussures brodées  et en savoir davantage sur cette coutume, plutôt cruelle à mon sens, rendez-vous vite au Patronage Laïque Jules Vallès.

Infos pratiques
Patronage Laïque Jules Vallès
72, avenue Félix Faure 75015 Paris
M° Boucicaut (ligne 8)
*Le Patronage Laïque Jules Vallès est accessible aux personnes à mobilité réduite.
Exposition ouverte au public du 4 au 26 octobre 2018 – entrée libre
Lundi : 14h00 – 22h00
Mardi, mercredi, jeudi et vendredi : 10h00 – 22h00
Samedi : 10h00 – 18h00
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