Depuis le 2 février, le public parisien peut (re)découvrir la pièce créée en mai 1944 par Jean-Paul Sartre.page2image7688

Sartre situe l’action de Huis clos en Enfer.

Un garçon d’étage introduit successivement sur la scène trois morts qui sont trois salauds : un journaliste-publiciste nommé Garcin, Don Juan cynique, une ancienne employée des Postes, Inès, homosexuelle, et une jeune mondaine, Estelle. Questionnant leur présence dans ce lieu, ces trois morts vont devoir s’interroger sur leur damnation et sur leurs actes dissimulés sous les masques du mensonge et de la lâcheté. Le supplice de ce trio où toute alliance s’avère vite impossible, est que chacun devient inéluctablement le bourreau de l’autre. Et cela éternellement. Car on le sait bien « L’enfer, c’est l’autre! » Mais c’est surtout le regard qu’il porte sur nos infamies, qu’elles soient minimes ou au contraire énormes…

Estelle, cherche le soutien de Garcin qui cherche le soutien d’Inès qui veut séduire Estelle qui cherche à savoir ce qu’ils vont, ensemble, devenir…

« Quand on écrit une pièce, nous raconte Sartre lors d’une interview en 1965, il y a toujours des causes occasionnelles et des soucis profonds. La cause occasionnelle c’est que, au moment où j’ai écrit Huis clos, vers 1943 et début 44, j’avais trois amis et je voulais qu’ils jouent une pièce, une pièce de moi, sans avantager aucun d’eux. C’est à dire, je voulais qu’ils restent ensemble tout le temps sur la scène. Parce que je me disais, s’il y en a un qui s’en va, il pensera que les autres ont un meilleur rôle au moment où il s’en va. Je voulais donc les garder ensemble. Et je me suis dit, comment peut-on mettre ensemble trois personnes sans jamais faire sortir l’une d’elles et les garder sur la scène jusqu’au bout comme pour l’éternité. C’est là que m’est venue l’idée de les mettre en enfer et de les faire chacun le bourreau des deux autres. Telle est la cause occasionnelle (…) Mais il y avait à ce moment-là des soucis plus généraux, poursuit Sartre, et j’ai voulu exprimer autre chose dans la pièce que simplement ce que l’occasion me donnait. J’ai voulu dire : l’enfer, c’est les autres. Mais « l’enfer, c’est les autres » a toujours été mal compris. On a cru que je voulais dire par là que nos rapports avec les autres étaient toujours empoisonnés, que c’étaient toujours des rapports infernaux. Or, c’est autre chose que je veux dire...»

Une fois que le ton est donné, place au jeu des comédiens.

HUIS CLOS (photo by Pascal Victor/ArtComPress)

Qui sont-ils ?

MARIANNE BASLER est Inès, homosexuelle, employée des postes, elle fait tout pour séduire Estelle…et surtout pour la détourner de Garcin.

Inès est morte asphyxiée par le gaz ouvert par Florence une nuit où elles étaient toutes deux dans leur chambre. Une histoire plutôt sordide, voyez-vous, car Florence était la femme du cousin d’Inès, lequel cousin rendu fou de désespoir par la liaison entre Inès et Florence, s’est suicidé…

Ines est dotée d’un caractère fort et Marianne Basler l’incarne avec maestria.

C’est une femme calculatrice, qui analyse froidement les situations, mais sait prendre la main violemment pour imposer son point de vue, détruisant ce qui peut l’être sur son passage. Mais finalement Inès subira tout comme les deux autres, cette situation …infernale. Cela dit, contrairement à eux, elle assume avec un grand cynisme son côté pervers et les conséquences qui en découlent.

MAXIME D’ABOVILLE est Garcin (en alternance avec Guillaume Marquet). Il prétend avoir été journaliste pacifiste à Rio, et avoir été fusillé pour avoir refusé d’aller se battre. La vérité est qu’il a fui par lâcheté et fut exécuté par les combattants.

Garcin, était non seulement un lâche mais un don Juan de pacotille de surcroît; un goujat qui trompait sa femme et la forçait à le servir, lui et sa maîtresse.

MAXIME D’ABOVILLE

Photo Victor Tonelli

J’avais le souvenir de Maxime d’Aboville, un excellent comédien, d’abord nominé au Molière de la Révélation théâtrale puis lauréat en 2015 du «Molière du meilleur comédien », que j’avais pu applaudir au Théâtre Hébertot où il interprétait le rôle-titre des Jumeaux Vénitiens de Carlo Goldoni, avec déjà à l’époque, une mise en scène de Jean-Louis Benoit que nous avions beaucoup appréciée.

HUIS CLOS (Maxime d’Aboville et Mathilde Charbonneaux) – photo by Pascal Victor/ArtComPress

Maxime D’Aboville se glisse avec brio dans la peau de ce Garcin, seul homme de ce trio, qui sera la proie de ces deux femmes aux objectifs si différents. Difficile quand on est si lâche, de prendre parti… Garcin préfèrerait fuir le combat comme il en a l’habitude…

mathilde charbonneux - photo Manika Auxire

Estelle (MATHILDE CHARBONNEAUX), est de toute évidence la plus … surprenante ! On a tendance à ne pas s’en méfier…pourtant on devrait!

Sa véritable personnalité – qui est loin d’être aussi jolie que son minois d’ange pourrait nous laisser croire – se dévoilera au fur et à mesure des échanges avec les deux autres…

Photo Manika Auxire

Tous les comédiens – y compris BROCK que j’ai pu voir le soir où nous y étions et qui joue le rôle du garçon d’étage en alternance avec ANTONY COCHIN – sont excellents.

Ils endossent alternativement le rôle de bourreau ou de victime dans un jeu de scène d’une rare perfection. Et qui colle parfaitement au texte de Sartre.

Le décor participe lui aussi à la qualité exceptionnelle de la pièce.

HUIS CLOS (photo by Pascal Victor/ArtComPress)

Un décor simple : trois canapés, un pour chacun des personnages. Une cheminée sur laquelle trône une sculpture et un cordon pour appeler le gardien. Et bien sûr, cette immense porte qui – en principe – ne peut s’ouvrir que de l’extérieur, par laquelle arrivent successivement Garcin, Ines et Estelle.

Décor à mille lieux de celui auquel on aurait pu s’attendre lorsque l’on évoque l’enfer. La pièce est relativement spacieuse, éclairée et pas du tout sombre et ces trois canapés – un pour chacun – ne semblent pas particulièrement inconfortables… Et en plus ils sont seuls car le gardien disparaît très rapidement un fois qu’il a déposé ses « clients ». Alors d’où vient ce malaise? Qu’est ce qui fait qu’on est en enfer ? Pourquoi cette impression d’être dans une impasse? Même lorsque l’on parvient à ouvrir cette énorme porte …

De toutes façons il est temps que j’arrête de vous dévoiler des éléments qu’il vous tarde – j’imagine – de découvrir par vous-même.

Je vous invite à réserver vos places très rapidement car la pièce ne se joue que jusqu’au 18 mars !

Infos pratiques

HUIS CLOS de Jean-Paul Sartre

Théâtre de l’Atelier – 1 place Charles Dullin – 75018 PARIS

Du 02/02/22 au 18/03/22 (Relâche le 4 février 2022) du mardi au samedi à 19 H

Durée : 1h20

Distribution : Marianne BASLERMaxime D’ABOVILLEGuillaume MARQUET

Mathilde CHARBONNEAUXAntony COCHINBROCK

Mise en scène : Jean-Louis BENOIT

Collaboration artistique et Régie Générale : Antony Cochin

Lumières Jean-Pascal Pracht

Costumes Marie Sartoux

Régie Lumière et Son Emmanuel Jurquet

Infos et réservations ici , au guichet du théâtre ou au 01.46.06.49.24

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