Une technique non-médicamenteuse de plus en plus intégrée aux soins dans le milieu médical.

Lors de la conférence inaugurale du Congrès de l’Association dentaire française, premier congrès dentaire européen, le Pr Vianney Descroix (*) a évoqué un sujet passionnant : l’hypnose dans le cadre des soins dentaires.
Il nous a fourni des précisions très édifiantes qui nous ont permis d’en savoir davantage sur cette pratique certes de plus en plus utilisée mais – entendons-nous bien – en complément de soins dentaires conventionnels.

Pratiquée sous différentes formes, l’hypnose dentaire connaît un succès croissant chez les patients souffrant d’un état d’anxiété. Cette technique de médecine complémentaire permet de modifier certains symptômes (douleur, peur, anxiété…) apportant aussi différents bienfaits tels que la prévention de l’apparition d’une douleur chronique ou l’accompagnement d’une anesthésie…

Mais … est-ce que l’hypnose existe?

Dès le 18ème siècle le docteur Franz Anton Mesmer l’évoque déjà dans certains de ses écrits. Pendant toutes ces années, on retrouve l’hypnose ou l’hypnotisme dans de nombreux écrits scientifiques mais sans que son statut ne soit très précis. Toutefois en 2012, dans son rapport MEDECINES COMPLEMENTAIRES À L’ASSISTANCE PUBLIQUE – HOPITAUX DE PARIS, le Professeur Jean Yves Fagon prend la décision de placer l’hypnose parmi les « Médecines complémentaires ».

L’Académie de Médecine, quant à elle, adoptera plutôt le terme de « Thérapie complémentaire ». L’efficacité de l’hypnose ayant été démontrée lorsqu’il s’agit de lutter :

  • contre les douleurs liées aux gestes invasives (toujours bien entendu associé à une anesthésie locale)
  • contre les effets secondaires des chimiothérapies

Mais il s’agit bien de méthodes adjuvantes. Le Conseil National de l’Ordre des médecins parle, lui de « Médecine alternative et complémentaire  » à ne pas mélanger avec les médecines traditionnelles sauf que paradoxalement les séances d »hypnose sont considérées comme des actes médicaux! Mais le statut reste très complexe car n’importe qui peut se former. Et la conséquence directe est que les infirmières, aides- soignantes, sage femmes …etc peuvent légalement les pratiquer. Or même s’il existe pléthore de centres de formation dont l’accès est relativement facile, il faut faire très attention à l’endroit où l’on se forme et surtout à ce que l’on fait ensuite.

En effet, pratiquer l’hypnose n’est pas anodin et même si c’est une pratique qui intéresse – voire fascine – de plus en plus, il n’en demeure pas moins que son statut reste confus.

Juliette Gueguen a soutenu en 2017 une thèse évoquant le sujet : Evaluation des médecines complémentaires : quels compléments aux essais contrôlés randomisés et aux méta-analyses ?

Mais qu’est-ce que l’hypnose?

L’hypnose paraît comme un mode de conscience corporelle modifiée entre veille et sommeil. (En clair pendant que je suis en train de me faire opérer – et sous anesthésie locale – j’ai la sensation d’être en train de faire de la plongée sous marine aux Caraïbes ou de voler en delta plane).

  • La conscience de l’environnement change (rappelle un peu l’écothérapie)
  • La conscience de soi change
  • La conscience de soi en interaction avec l’environnement change

En neurobiologie, il est possible de reconnaître un cerveau en état d’hypnose.

L’hypnose est essentiellement basée sur la relation entre le patient et le praticien.

Le praticien aide le patient à atteindre cet état, grâce à des techniques de relaxation et de suggestion, lui donnant ainsi la possibilité d’accéder aux ressources de son inconscient et de mobiliser ainsi les ressources nécessaires pour modifier le symptôme (douleur, peur, anxiété, phobie).

Grâce à l’intervention du praticien, le patient parvient à faire abstraction de la réalité environnante, tout en restant en relation avec son médecin.

L’hypnose en modifiant la dynamique des rapports professionnels des chirurgiens-dentistes avec les patients, va amplifier naturellement le niveau de confiance.

Communication hypnotique

Généralement utilisée par le praticien mais également par toute l’équipe de soins afin d’éviter que les émotions négatives ne s’installent.

L’hypnose conversationnelle.

le praticien mobilise et modifie l’inconscient ou le comportement d’un patient sans qu’il ne s’en rende compte

L’Hypnose formelle

Le praticien l’utilise au cours d’un soin si une réaction émotionnelle apparaît ou si le patient en fait la demande.

Le chirurgien dentiste et l’équipe de soins ont suivi une formation qui permet d’adapter une méthode à un profil de patients et de symptômes.

Pourquoi l’hypnose est-elle de plus en plus pratiquée?

Il y a encore quelques années un patient venait « juste » se faire soigner. (trad. anglaise :« cure« ). Aujourd’hui, le patient veut à la fois du « cure » (qu’on le soigne) and « care » (qu’on prenne soin de lui, de ses émotions, de ses sentiments). Les praticiens se forment donc pour s’adapter à ces nouvelles demandes et construire des relations plus sereines avec leurs patients.

Une opération « gagnant-gagnant » dirons-nous puisque grâce à l’hypnose, le patient se met dans une bulle de sécurité et de bien-être et appréhende moins les soins. De ce fait, la relation avec le praticien est apaisée.

La mise sous hypnose ne dérange en aucun cas la séance de soins puisque quelques minutes suffisent pour régler une simple appréhension…

L’hypnose est une technique qui s’apprend :

  • Au sein des facultés de médecine ou de chirurgie dentaire dans le cadre de diplômes d’université
  • et/ou au sein de structures privées.

Une formation privée a une durée en moyenne de 9 à 10 jours. D’un point de vue éthique et scientifique les instituts qui forment uniquement des professionnels de santé sont plus fiables. (La formation devant idéalement s’étayer sur des moments de supervision et de mise en situation pratique). Il faut également être conscient qu’on ne peut pas faire d’hypnose sans faire d’auto hypnose.

Une séance coûte entre 80 et 100€ et bon nombre de dentistes pratiquent l’hypnose aujourd’hui. Il est facile de trouver un dentiste pratiquant l’hypnothérapie généralement par le bouche à oreille (car on est généralement plus confiant lorsque « ça a marché » sur quelqu’un qu’on connait), mais il existe aussi un annuaire hypnothérapie et il est possible aussi de consulter le site du Syndicat National des hypnothérapeutes.

(*) Professeur en sciences biologiques à l’Université de Paris, Chef de service d’Odontologie, consultation douleur chronique, hypnose médiale à la Pitié-Salpêtrière

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