Lorsque j’ai emprunté l’escalier de LA PLACE ART ET PARFUM (ce superbe lieu conçu par Virginie Roux que j’évoquerai plus en détails très prochainement), j’étais loin d’imaginer que je tomberais sur une exposition liant senteurs orientales, art et histoire…

…et sur Alexandre, parfumeur passionné, créateur de fragrances, qui est l’instigateur de cette magnifique exposition.

zenitudeprofondelemag.com - RENCONTRE AVEC ALEXANDRE CREATEUR DE FRAGRANCES RARES

ALEXANDRE (The Perfume chronicles) CREATEUR DE FRAGRANCES RARES – Photo ©Zenitude Profonde Le Mag

Avec une gentillesse exceptionnelle, Alexandre a accepté de répondre à quelques questions.

Ce qu’il m’a révélé est à mi-chemin entre conte oriental, modernité extrême et … magie … suivez-moi dans son univers…

J’avoue avoir été à la fois séduite et émerveillée par l’exposition TRAVERSÉE DE L’ORIENT et surtout par vos parfums et je suis ravie de pouvoir vous présenter à mes lectrices.
Vous êtes donc parfumeur, enfin moi je préfère parler de «créateur de fragrances rares» car vous m’avez quand même révélé que vous possédiez un extrait de musc qui date de plus de 100 ans …

J’aurais envie de vous poser mille questions mais pour commencer, racontez-nous …

Quel a été votre parcours et comment avez-vous commencé à créer des parfums ?

Mon parcours est assez sinueux en cela que j’ai d’abord commencé par faire du théâtre.
J’ai écrit quelques pièces parues chez Alna Éditeur, avant de faire de la mise en scènedes massages énergétiques, du chant et de me mettre vraiment aux parfums. C’est en vivant au Moyen Orient, au contact d’une vraie culture du parfum, que j’ai tout appris…Tout le monde sait y faire son parfum, ce sont des recettes que l’on se transmet de mère en fille et j’ai eu la chance de pouvoir apprendre d’une émiratie les secrets des attars.  Mais c’est en créant des encens pour des paroisses parisiennes que j’ai développé une intimité avec les matières premières, brutes et rares.

Est-ce que l’envie de devenir parfumeur vous est venue du jour au lendemain, comme ça, ou entreteniez-vous cette passion depuis très longtemps?

 Disons que ça a été aussi évident que ça a été long. D’aussi longtemps que je me souvienne, ma mère portait Coco Chanel et étant réunionnaise, la cuisine sentait les épices et il y avait à la maison un cabinet (que j’essaie de lui voler depuis cinq ans) dans lequel elle stocke ses rhums arrangés qu’elle compose comme des parfums. Je suis aussi syrien du côté de mon père et c’est de là que je tiens mon goût pour les encens.

La vie est vraiment faite de ce que l’on retient à l’enfance : les odeurs, les impressions… Aussi quand j’ai redécouvert tout ça au Moyen Orient, ça m’a paru comme une évidence.

RENCONTRE AVEC ALEXANDRE CREATEUR DE FRAGRANCES RARES

RENCONTRE AVEC ALEXANDRE CREATEUR DE FRAGRANCES RARES

Plus tard j’ai commencé à m’intéresser à l’hermétisme, à l’alchimie, j’ai fait des recherches sur l’hindouisme, les encens et tombais sur d’anciennes formules et recettes que je m’amusais à recréer chez moi, puis pour mes amis et maintenant pour un public plus large.

Comment vous est venu l’idée de cette collection éphémère de parfums qui voyagent à travers le temps et à travers trois continents?

Quand Virginie Roux et Emmanuel Pierre sont venus vers moi, ils m’ont proposé de monter une exposition appelée Traversée de l’Orient. Étant synesthète j’ai tout de suite voulu organiser une Traversée qui soit multisensorielle mais qui soit aussi spatio-temporelle. Parce qu’il n’y a pas un Orient mais des Orients. Il y a le Levant, le Moyen
Orient, l’Inde, l’Extreme-Orient etc.

J’ai donc voulu que le visiteur voyage à travers ces espaces et des temporalités différentes. Et d’un coup, toutes les vieilles formules que j’avais déterrées et consignées au fil de mes recherches ont fait sens.

J’ai donc recréé trois parfums pour trois “espace-temps”:

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L’un basé sur une formule vieille de 4000 ans, un autre sur une formule bagdadie de 1100 ans et un autre enfin sur une formule grecque de 1540.

Comme dans tout projet j’imagine qu’il y a eu des moments où les choses semblent ne plus avancer. Vous est-il arrivé de penser: « Oh non je laisse tomber je n’arriverai jamais à obtenir le résultat que je vise» ?

Oui, plusieurs fois. J’ai eu un mois pour tout préparer et les parfums naturels demandent du temps. J’ai plusieurs fois cru que j’avais mis la barre trop haute, que Virginie et Emmanuel avaient cru en moi à tort. Parce qu’il y a les parfums mais j’ai aussi préparé une conférence sur la Magie et les Parfums, une veillée concert, une installation sonore etc. J’ai eu beaucoup d’insomnies, je ne me sentais pas à la hauteur de la tâche puis une inconnue m’a dit dans la rue : “Quand Dieu t’applaudit, il faut danser” . Alors je me suis mis à danser de tout mon soûl et à arrêter d’avoir peur et simplement donner le meilleur de moi-même. Le reste n’était plus entre mes mains. On a souvent tendance à se laisser aller à nos pulsions de peur parce que ce genre de projet, c’est un saut dans le vide mais je pense que dans nos moments de doute, il faut faire confiance en ceux qui croient en nous.

À l’inverse, avez-vous le souvenir d’une anecdote rigolote qui vous est arrivée depuis que vous vous êtes lancé dans cette belle aventure? « Drôle » aujourd’hui mais qui sur le moment vous avait plutôt fait « flipper » …

Oui, ma première formule. J’avais donné plusieurs versions à une cliente et avais par erreur noté la mauvaise comme étant la version finale. Un an après elle est revenue me voir pour que je lui en fasse deux autres flacons et je me suis rendu compte de ma bourde. Il a fallu que je reprenne tout du début, de tête, en récupérant des morceaux de papier sur lesquels j’avais gribouillé mes accords. Au final j’ai réussi à lui refaire le parfum à l’identique. Aujourd’hui ça me fait rire d’en reparler mais sur le moment j’ai vraiment cru que j’allais m’évanouir tellement j’ai paniqué. Mais rassurez-vous, maintenant je note mes formules au dixième de gramme avec une tonne d’annotations pour ne plus me tromper.

Quelles sont les grandes satisfactions de ce métier de parfumeur ?

La première est celle du parfum lui-même. Travailler avec des matières naturelles implique une grande instabilité dans les formules. Elles évoluent constamment et il y a un fossé entre la formule toute jeune et le résultat après quelques semaines de maturation. J’ai toujours l’impression de voir un enfant grandir quand je les sens évoluer avec les ingrédients tentant de trouver leur place, comme un enfant dans le ventre de sa mère qui grandit et se tortille.

Puis il y a la satisfaction du client. Je travaille uniquement sur-mesure ce qui est très exigeant et on ne sait jamais si la personne finira par aimer le résultat final. Le moment le plus fort est lorsque j’ai créé un parfum pour ma meilleure amie, à l’aveugle. Elle n’a senti aucun essai, ne m’a pas donné d’indication, autant vous dire que c’était très risqué. Quand je le lui ai offert je tremblais de peur qu’elle n’aime pas. Elle l’a senti, n’a rien dit, je me suis dit “Merde, j’ai fait n’importe quoi” et puis elle s’est mise à pleurer parce que ça lui rappelait le parfum de sa mère quand elle était petite. Et ça, ça vaut toutes les insomnies, les flacons éclatés par terre, les erreurs de formulation du monde!

D’ailleurs si vous n’étiez pas parfumeur vous auriez pu être ???…

 J’ai été masseur, chanteur, auteur, caviste. J’ai voulu être doreur sur bois, ermite aussi.
Je ne sais pas si je resterai parfumeur toute ma vie mais je sens que j’y suis à ma place et la réaction des visiteurs à l’exposition me le rend bien. Je suis jeune mais ça presque dix ans que je vis à Paris et que je me cherche. Ça va être cliché à dire mais il ne faut pas désespérer. Chaque chose vient en son temps et il faut s’autoriser à exprimer son talent. Nos dons ne sont pas faits pour dormir mais pour chanter et louer cette création et tout ce qu’elle a de plus beau. D’autant plus en notre époque où l’on est à la recherche du bonheur, je pense qu’il faut prendre conscience que la clef du bonheur est finalement au fond de nous-mêmes.

Vous exposez à LA PLACE ART ET PARFUM où vous organisez deux ateliers de fabrication d’encens samedi prochain… Et ensuite, pouvez-vous nous confier, vos projets …à court terme?

 En effet, je donne deux ateliers samedi, un à 10h et un à 16h –il reste quelques places pour les deux. À court terme je pense à la fin de l’exposition puis je prépare quelques conférences pour les mois qui viennent. Je donne aussi trois concerts les 9, 10 et 24 Mars et il va falloir que je répète aussi. Et du 12 au 17 je file vers Dubai pour être juré d’un concours de théâtre.

Et à long terme???

Suite aux retours de ma conférence sur la Magie et les Parfums, je pense m’atteler à l’écriture d’un livre fleuve sur la symbolique des matières premières pour compulser toutes mes années de recherches sur le sujet. Certains articles sur mon site sont les premiers à être jamais écrits sur un sujet. Je pense à mon article sur l’ambregris et la Kabbale.
Personne en plus de 2000 ans n’a écrit sur la symbolique spirituelle de l’ambregris. Il y a vraiment un vide à combler à ce niveau-là. J’aimerais aussi continuer à donner des conférences et animer des ateliers-découvertes sur les matières premières, les encens
etc. Et d’autres projets que je garde secrets…

Un peu plus perso maintenant…
Dites-moi, à quoi ressemble votre journée type ?

Elle commence vers 10h (vous comprendrez pourquoi). Je prends une heure pour moi : je me lève, je fais mon café au safran, je mets un peu de musique, je danse pour m’éveiller. Après quoi je vais me doucher, je fais une fumigation d’encens et je reprends les formules sur lesquelles je travaille en général jusqu’en milieu d’après-midi. Je prends une petite heure pour lire des articles de recherche ou des livres sur un sujet sur lequel j’écris, je file à la galerie jusqu’à 22h environ, je rentre et je reprends mes recherches jusque 2-3h du matin. Après quoi je profite de la nuit pour travailler sur un roman. En général je finis ma journée en regardant une série, un documentaire ou en lisant des livres de grammaire (ça me détend). À 05-06h, extinction des feux et rebelote !

Et quel est votre moment préféré de la journée?

Le matin. Quand le soleil perce à travers les rideaux, que je suis encore un peu groggy de la nuit et que je danse comme un fou pour me réveiller. C’est le moment privilégié qui me manque quand je suis en voyage et que je ne peux pas sautiller dans tous les sens et brûler des kilos d’encens. C’est important de prendre du temps pour soi, pour nous faire du bien, surtout en entamant la journée.

Dans votre playlist on trouve ???

On trouve des chants traditionnels mongols, des motets de Monteverdi, l’intégrale de Gesualdo, la BO du Seigneur des Anneaux, un petit mix de chansons kitsch des années 80 et beaucoup, beaucoup de Philip Glass.

Y a-t-il une personnalité publique que vous admirez ?

 Pas vraiment, ou alors ce sont tous des morts. Je pense à Tolkien pour sa passion, je pense à Elisabeth I pour sa résolution. J’aime aussi énormément Marie-Madeleine, patronne des parfumeurs.

Côté gourmandise, plutôt salé ou sucré ?

À choisir entre entrée et dessert, je prends toujours le dessert.

Un beau souvenir que vous accepteriez de partager avec nous?

 Oh là, il y en a beaucoup. Je pense vous parler d’une rencontre qui m’a marqué à tout jamais. Vous me demandiez si j’admire des personnalités publiques j’aurais plutôt tendance à dire que j’admire celles que l’on ne voit pas.

Comme Ivan.

Ivan était un sans-abri. A l’époque, je faisais des maraudes le samedi matin avec l’Ordre de Malte dans le quartier des Halles, c’est là que j’ai donc rencontré Ivan. Il vivait sous les arcades en face de la Bourse du Commerce. Il était d’un naturel jovial mais ce matin-la
il était énervé. Je lui demande pourquoi et il m’a répondu qu’on lui avait volé une image pieuse. Je lui dis qu’on pourra certainement trouver quelqu’un pour lui en donner une autre et il m’a dit une phrase qui franchement me donne les larmes aux yeux chaque
fois que j’en parle. Il m’a dit : “Tu sais Alexandre, je ne demande rien. Regarde, j’ai un toit au-dessus de la tête, j’ai de quoi manger, j’ai des amis”. Son toit, c’était l’arcade, ses amis c’était nous. Franchement j’ai lutte pour ne pas fondre en larmes parce qu’au même moment je me battais avec mon cuisiniste parce que mon plan de travail était mal coupé.

Croyez-moi, cette discussion a changé ma perspective sur la vie, sur ce qu’on tient aisément pour acquis.

Je termine souvent mes interviews par le traditionnel portrait chinois mais étant donné que vous êtes un « professionnel des sens» … (et «d’essences »), il me semble plus intéressant de vous poser des questions plus en lien avec les fragrances…

 Pour vous, le bonheur a l’odeur …

…de frangipanier.

Et la peur une odeur …

De myrrhe froide et amère.

La passion?

De rouge à lèvres.

 L’ennui ?

Celle des tables de la salle d’informatique du lycée. 

La sérénité ?

De foin mouillé.

Vous m’avez confié avoir vécu à Dubaï, vous avez évoqué un parfumeur indien qui vous a appris des techniques ancestrales… si vous deviez associer trois villes à trois senteurs ce serait…

Dubai c’est le jasmin qui éclot au crépuscule.

Damas c’est l’odeur de l’oliban qui fuse de toutes les cathédrales.

Et Hong-Kong c’est l’odeur de l’encens tibétain. Ce n’est pas représentatif de la ville mais mon souvenir le plus vif de mon voyage là-bas c’était ce temple coloré perdu au milieu des gratte-ciels.

Mille mercis Alexandre de nous avoir dévoilé un peu de vos mystères!

Alexandre expose ses trois créations (en édition limitée)

jusqu’au 24 Février

à LA PLACE ART ET PARFUM

9 rue Française dans le 2ème arrondissement à Paris.

Il créé également des parfums sur mesure.

Si l’univers d’Alexandre vous interpelle autant que moi, vous pouvez le joindre au 06.10.09.03.59, par mail à alexandre@theperfumechronicles.com
sur son site www.theperfumechronicles.com ou sur sa page Instagram theperfumechronicles.

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