En mars dernier, La Maison Dulac Cinéma et sa filiale Dulac Distribution ont remporté le César du Meilleur film d’animation pour Josep, le long métrage d’Aurel.

Pourquoi je vous en reparle aujourd’hui ?

Parce que j’ai assisté mardi dernier à la conférence de presse de présentation de l’exposition :

JOSEP BARTOLI. LES COULEURS DE L’EXIL

présentée au Mémorial du Camp de Rivesaltes jusqu’au 22 septembre 2022

et c’est Georges Bartoli, photo journaliste, Commissaire de l’exposition et neveu de Josep, qui nous a accompagnés dans cette exposition aux mille visages.

Autant vous dire que la conférence était passionnante!

(C’est bien simple, j’ai immédiatement pris la décision de programmer au printemps prochain, un voyage à Rivesaltes – que je ne connais que de nom – pour aller voir cette expo en « vrai » .)

J’ai encore un peu de temps puisque l’exposition est présentée au Mémorial du camp de Rivesaltes jusqu’au 22 septembre 2022.

Si j’ai choisi d’évoquer le film d’animation d’Aurel pour introduire l’expo du Mémorial du Camp de Rivesaltes, c’est qu’ils sont intimement liés. En effet, le premier sera l’instigateur de l’autre comme je vous l’explique un peu plus loin.

Le synopsis du film :

Février 1939. Submergé par le flot de Républicains fuyant la dictature franquiste, le gouvernement français les parque dans des camps. Deux hommes séparés par les barbelés vont se lier d’amitié. L’un est gendarme, l’autre est dessinateur. De Barcelone à New York, l’histoire vraie de Josep Bartolí, combattant antifranquiste et artiste d’exception.

josep-film-aurel-zenitudeprofondelemag.com

« Le dessin est un raccourci, un pacte entre le dessinateur et le lecteur, pour mener l’oeil du spectateur à l’essence même de ce qu’il veut raconter. Josep devient donc une « mise en abîme du dessin » dans lequel le dessin devient un cri, une manière de prendre les armes, car « Josep Bartolí a pris le crayon quand les armes étaient devenues vaines », selon Aurel. Josep est donc un acte de résistance, un témoignage de ce que le dessin peut représenter pour un homme, pour l’histoire, pour la mémoire, c’est une histoire d’engagement politique tout autant qu’un témoignage historique. »

Il n’est pas surprenant que ce film ait remporté le César du meilleur film d’animation en mars 2021.

À l’occasion de la sortie du film en salles, en septembre 2020, Bernice Bromberg veuve de l’artiste, a annoncé la donation des oeuvres de Josep (270 pièces et un millier de dessins) au Mémorial.

Ce fut l’acte fondateur de l’exposition qui est enrichie par les prêts des Archives municipales de Barcelone, de la Généralité de Catalogne, du Centre culturel de Terrassa et de Manel Canyameres et Joëlle Lemmens, collectionneurs privés.

L’exposition JOSEP BARTOLI. LES COULEURS DE L’EXIL…

J’ai parlé en début d’article, d’exposition aux mille visages.

Pourquoi mille visages ?

Regardez donc la vidéo de présentation…

En effet, la vie de l’artiste Josep Bartoli fut tellement jalonnée d’expériences, pas toujours heureuses en effet mais en tous cas toujours enrichissantes quant aux oeuvres qui en ont découlé …

« Josep arrive dans un camp près de Perpignan. Il y contracte le typhus. Hospitalisé, il s’évade. Il est aussitôt repris et transféré dans un autre camp, à Bram. Il commence à dessiner sur un carnet qu’il cache des gardiens. Il poursuit son “oeuvre de résistance” derrière les barbelés. Artistes et enseignants montent une “presse des sables” et animent des activités culturelles : récitals de poésie, chants collectifs, cours d’alphabétisation… Une culture de l’exil naît dans ces “baraques-galeries”. […]

josep bartoli -zenitudeprofondelemag.com

Josep finit par s’enfuir pour de bon. Il rejoint Paris, puis Mexico. En 1943, le gouvernement républicain en exil et 20 000 opposants au franquisme l’accueillent. Le Mexique offre l’asile à de nombreux réfugiés espagnols. Josep côtoie les artistes engagés dans la révolution mexicaine.

France Culture

Barcelone, Rivesaltes, Paris, Mexico, New York !!!

Et quand on a réussi à fuir le franquisme, à échapper à la Gestapo, qu’on est l’ami (certains vont même jusqu’à dire qu’ils étaient amants) de Frida Kahlo et de Charles Pollock … avouez qu’on ne peut pas dire que Josep Bartoli a mené une vie pépère !

Une vie passionnante ! Tout comme son oeuvre …

… essentiellement composée de dessins et de collages...jusqu’à ce que Frida Kahlo l’initie à la couleur.

Et, à partir de ce moment-là, apparaissent des peintures gigantesques comme celle évoquée par Georges, où des femmes scandaleuses occupent la partie centrale tandis que des visages d’hommes les entourent. Visages qui se superposent …à des images pornographiques!

Josep Bartolí, un artiste à mi chemin entre Goya et Picasso…

C’est ce que nous a confié Georges Bartoli en nous disant bien que « ce n’est pas moi qui l’ai dit mais quand même je trouve que c’est bien trouvé… » Avis que je partage tout à fait, pas vous ?

Et puis Josep Bartoli était un artiste, un vrai, pas un artiste intéressé par l’argent.

« Il en a gagné bien sûr et à l’époque où il vivait à New York, ses collaborations pour des couvertures de magazines très connus comme le New Yorker étaient payées très cher.

Mais par exemple, ses peintures, il ne les vendait pas. Raison pour laquelle il est possible d’en retrouver aujourd’hui pour une exposition comme celle-ci. […]

« Quelques semaines avant le début de l’exposition, je ne savais toujours pas, de façon exhaustive, ce qu’il y aurait comme peintures car il y en avait encore qui arrivaient, de New York, de Mexico … »

Georges Bartolí, commissaire de l’exposition et neveu de Josep Bartoli

Josep Bartolí. était plutôt un « passeur » dans le sens où il souhaitait témoigner de ce qu’il avait vu, de ce qu’il avait vécu…

Ses dessins présentés dans « La Retirada » publié en 2009 chez Actes Sud, évoquent parfaitement l’exode des républicains espagnols parqués dans des camps – comme du bétail – à leur arrivée en France.

Les dessins de Josep y sont mis en mots par Georges Bartoli qui, interrogé par Laurence Garcia, nous livre ici son témoignage sur la dure condition des exilés espagnols jusqu’à la fin du franquisme.

« Les gens me demandent comment ça se fait que je le connaisse si bien. C’est en partie parce qu’il a vécu deux ans chez mes parents à Perpignan, alors que j’avais 18 ans et donc, pendant ces deux années, nous avons eu largement l’occasion d’échanger très fréquemment… »

Georges Bartolí, commissaire de l’exposition et neveu de Josep Bartolí.

J’espère vivement que mon article vous aura permis de ressentir toute l’intensité de l’oeuvre de ce grand artiste. En ce qui me concerne, cette conférence m’a donné une envie folle d’aller découvrir cette belle exposition au Mémorial du Camp de Rivesaltes.

L’exposition regroupe 150 œuvres, issues de la donation au Mémorial du Camp de Rivesaltes, des Archives municipales de Barcelone, du Centre culturel de Terrassa et de collections privées.

INFOS PRATIQUES

JOSEP BARTOLÍ. LES COULEURS DE L’EXIL

Exposition exceptionnelle consacrée à l’œuvre de l’artiste et combattant anti-franquiste, Josep Bartolí.

Du 24 septembre 2021 au 19 septembre 2022

MEMORIAL DU CAMP DE RIVESALTES

Avenue Christian Bourquin

66600 SALSES LE CHATEAU

04 68 08 39 70

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