« C’est l’extrême sensibilité qui fait les acteurs médiocres… « 

Denis DIDEROT

Paradoxe sur le comédien (*) parait pour la première fois en 1830.

Résumé : Deux interlocuteurs mènent une discussion sur le théâtre. Pour le premier, il est difficile pour un comédien d’apprendre son rôle car il ne peut se baser que sur ce qu’en dit l’auteur. Pourtant le texte ne donne jamais assez d’informations : il n’est que « des signes approchés d’une pensée » . Le bon comédien doit selon lui s’imprégner de son personnage sans faire preuve de sensibilité, comme « un spectateur froid et tranquille » . Autrement dit, le bon comédien est capable de tout imiter avec sang-froid : s’il est trop sensible, il ne peut jouer qu’en suivant ses propres émotions et non celle du personnage qu’il doit incarner, ce qui rend son jeu inégal. C’est donc, paradoxalement, le sang-froid qui permet de reproduire toutes les émotions sur scène. Il en va de même pour l’écrivain : ce n’est pas dans les moments de douleur que lui vient le talent d’écrire, mais bien quand il a la tête froide. Le premier interlocuteur va même plus loin : « La sensibilité est aussi nuisible dans la société que sur la scène. »

Le second interlocuteur, lui, estime que l’acteur ne doit pas se montrer insensible. Bien au contraire, il doit faire preuve d’une vraie sensibilité, ce qui arrive uniquement quand il oublie qu’il joue un rôle pour l’incarner totalement.

Un échange passionnant…

Et bien évidemment, tout comme il l’a déjà fait avec le texte de Franz Kafka, Mahmoud Ktari se l’approprie et nous l’offre jusqu’au 8 mars 2020 au théâtre de la Croisée des Chemins. Enfin je devrais dire « ils » nous l’offrent car Grégoire-Gabriel Vanrobays donne la réplique à Mahmoud Ktari sur la scène du Théâtre de la Croisée des chemins.

Je ne ferai l’affront ni à Denis Diderot en paraphrasant son texte ni aux deux comédiens dont toute description du jeu serait bien en deçà de la réalité.

Facile me direz-vous de faire une chronique de cette manière. Je vous l’accorde mais comment décrire le talent?

Et du talent, ces deux comédiens en ont à revendre !

Alors vous savez quoi? La dernière représentation c’est demain à 15h, à la Salle Belleville de La Croisée des Chemins

Alors allez-y! (Et si vous hésitez encore, allez donc lire ce qu’en dit Tu Paris Combien?)

Infos pratiques

PARADOXE SUR LE COMÉDIEN

Comédie dramatique d’après l’essai de Denis Diderot

Mise en scène : Patrick Rouzaud

Avec : Mahmoud Ktari et Grégoire-Gabriel Vanrobays

THÉÂTRE LA CROISÉE DES CHEMINS SALLE BELLEVILLE​

Du 19 janvier au 8 mars 2020

Mardi 19H30 – Dimanche 15H

Durée : 1h10

Producteur : S&P Productions

Tout public (à partir de 12 ans)

(*) Oeuvre posthume de Denis Diderot, le Paradoxe … serait probablement une réponse à la Lettre à d’Alembert sur les spectacles de Rousseau (1758) où ce dernier semblait estimer que le théâtre corrompait les bonnes mœurs. Diderot présente, sous la forme d’un dialogue, sa théorie sur le jeu des acteurs, basé sur l’imitation de la nature et dénué de sensibilité. Ses réflexions se prolongeront par des pensées plus générales sur la création artistique.

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