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Je l’ai découverte au théâtre Michel où elle interprétait le rôle de Sylvia dans LE JEU DE L’AMOUR ET DU HASARD.

Mais outre ses talents de comédienne, un élément m’avait paru plus remarquable encore.  « Sa » mise en scène!

Salomé Villiers a mis en scène, de la façon la plus inattendue qui puisse être, ce classique de Marivaux.

(Je ne vous en dis pas plus mais si vous en avez l’occasion, filez voir la pièce revisitée par la Compagnie la Boîte aux Lettres!)

J’ai choisi aujourd’hui de vous présenter cette jeune femme passionnée de théâtre – et passionnée tout court d’ailleurs – à qui la vie semble sourire depuis son plus jeune âge.

D’ailleurs quand je dis « vous présenter » c’est plutôt elle qui va se présenter à nous en répondant à mes questions.

ALORS SALOMÉ, SI JE VOUS DEMANDE …

Juste là tout de suite de vous présenter en 5 mots, vous me dites…

 Créatrice, curieuse, gourmande, rieuse, têtue

Z.P: Je vous avoue que cette interview a un caractère assez particulier pour moi car en fait j’ai entendu parler de vous il y a …une quinzaine d’années lorsque vous étiez encore …au collège dans la même classe que ma fille Laëtitia!

Z.P: Et ça a tout de suite « fait tilt » lorsque j’ai vu écrit « Mise en scène de Salomé VILLIERS » sur l’affiche de la pièce de Marivaux au théâtre Michel! (J’ai même envoyé un message à Laetitia lui demandant – photo à l’appui – s’il s’agissait bien de vous…) 

Olalalala ça fait plaisir , je ne savais pas! 🙂 

Z.P: « Le Jeu de l’amour … », pièce que vous avez remarquablement « dépoussiérée » d’ailleurs! 

Merci beaucoup!

Z.P: D’ailleurs, racontez-moi…

Comment vous est venue l‘idée d’oser ré-interpréter  un « classique de chez classique » en mode années 60 avec robe à fleurs et fond de musique yéyé si mes souvenirs sont bons ? 

Cette pièce est très importante pour moi parce que j’ai grandi avec ce livre sur ma table de chevet. Je l’ai d’abord étudié au collège, puis au lycée, dans mes premiers cours de théâtre et ensuite au conservatoire du 11ème où je me suis formée professionnellement. Quand j’étais adolescente, ce texte ne me parlait pas spécialement , je n’arrivais pas à m’identifier à la magnifique plume de Marivaux et la vie qui fait bien les choses a fait que j’ai retrouvé cette pièce maintes fois sur mon chemin.

A chaque relecture , je me rendais compte à quel point cette pièce était un trésor littéraire qui parlait du coeur de l’être humain, une critique sociale fine et cruelle. C’est une pièce incroyablement contemporaine car comme tout les grands auteurs classiques, Marivaux était un visionnaire qui parlait certes de son époque mais qui parlait avant tout du coeur humain. On disait de lui que c’était un fin analyste qui «pesait de oeufs de mouches dans des balances en toile d’araignée».

Les grands auteurs classiques sont éternels et ça me fascine. Je suis tombé amoureuse de tous les personnages du Jeu de l’Amour ,  de cette histoire et de la plume de Marivaux et j’ai ressenti le besoin de mettre en scène ce texte avec mes yeux, mes oreilles et mon coeur. Je voulais que n’importe quelle génération puisse se reconnaître et s’identifier, avoir plusieurs niveaux de lecture car je pense qu’avec des textes comme celui ci on peut les revoir et les revoir encore, on ne ressentira jamais les mêmes choses de par son expérience personnelle , son âge et les différentes interprétations des comédiens et des metteurs en scène qui les défendent.

La devise des comédiens italiens pour lesquelles Marivaux écrivait ses pièces était « Castigat ridendo mores » ce qui veut dire «Corrigeons les moeurs par le rire» et je trouve cette devise particulièrement brillante. Car le rire permet une forme de distanciation qui nous permet de mieux observer et analyser le monde qui nous entoure.

Personnellement, quand je lis Marivaux, j’entends immédiatement une musique dans ma tête et celle que j’ai entendu en premier fut David Bowie. J’imaginais Marivaux en rock star de la pop musique.

Je n’ai pas voulu spécialement contextualiser la pièce dans une époque et l’insérer dans les années 60 , je ne voulais faire que des clins d’œils à cette époque, tout d’abord des clins d’œils musicaux avec David Bowie, les Beatles, les Sonics et les Troggs. Car c’est la musique que j’entends quand je lis Marivaux . 

Je ne voulais pas de costumes d’époque car je voulais que tout le monde puisse se reconnaître dans cette galerie de personnages colorés et sensibles.

Je voulais tout d’abord suivre mon intention d’amener l’extérieur sur scène car le spectacle entier se passe dans un jardin en plein mois de juillet où l’on prend des coups de soleil comme on tombe amoureux. Où l’on entend tinter les glaçons dans les verres au bord d’une piscine. Je voulais également que le spectateur ne quitte jamais les personnages même quand ils ne sont pas sur scène. J’ai imaginé des situations muettes qui se passent entre les actes de la pièce. J’ai toujours aimé le cinéma et cela m’a paru essentiel de mettre en scène ces situations imaginées grâce à des films muets (référence aux clips musicaux) qui sont projetés sur scène. Ce qui permet aux spectateurs de voir l’intérieur de la maison. Cela permet de faire exister « l’ailleurs » tout ce qui n’est pas sur scène. Comme si le spectateur pouvait regarder par la fenêtre ce qui se passe dans cette maison de fous où l’on ne sait plus qui est qui. Pour ce qui est des costumes , je ne voulais que des couleurs et des tenues estivales.

Je trouvais important de pouvoir travailler sur le paradoxe car le paradoxe règne en maître sur ce texte…
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Photo : Karine Letellier

On est dans une comédie dramatique où les jeux amoureux semblent légers et insouciants  mais sont en réalité d’une cruauté redoutable.

Je voulais un véritable bonbon « Arlequin » trempé dans de l’acide. Donc cela passait par un choix de costumes extrêmement colorés, frais et originaux. Les corsages à cerise, les robes Marilyn, les chemises Hawaïennes et les pantalons slims flashy me semblaient correspondre idéalement à l’atmosphère musicale et aux personnages que je voulais créer dans ma vision de ce texte.  

 

salome-villiers-jeu-de-lamour-et-du-hasard

« ... cela passait par un choix de costumes extrêmement colorés, frais et originaux. Les corsages à cerise, les robes Marilyn, les chemises Hawaïennes et les pantalons slims flashy me semblaient correspondre idéalement à l’atmosphère musicale et aux personnages que je voulais créer dans ma vision de ce texte... » Salomé Villiers

 

ZP:  Du coup on a envie de remonter le temps histoire de tout savoir sur votre parcours… 

salome-villiersJe viens d’une famille d’artistes par ma maman et cela m’a inspiré depuis toute petite. Ma famille est une grande source d’inspiration. Ça n’a pas été facile au début car ils étaient inquiets que je me lance dans cette voie très difficile mais quand ils ont vu que j’étais possédée par ma passion et que j’étais prête à travailler très dur pour y arriver , ils m’ont soutenu et pousser à continuer. Ma mère est un immense soutien , elle me pousse encore à aller toujours de plus en plus loin et à m’accrocher coûte que coûte à mes idées et ma passion.

J’ai beaucoup de chance. 
Après mon bac option théâtre, j’ai fait plusieurs écoles de théâtre et j’ai fini ma formation au conservatoire du 11ème arrondissement où j’ai fait de magnifiques rencontres, des amis avec qui je travaille aujourd’hui et qui sont devenus des associés, des partenaires de vie.
ZP: Mais est-ce que l’envie de devenir comédienne était déjà présente dès l’époque des poupées ou bien c’est une vocation qui s’est dessinée au fur et à mesure? 

Dès l’époque des poupées! Je faisais des spectacles avec mes cousins. Je mettais en scène mes copains à l’école primaire! J’ai toujours voulu être comédienne et metteur en scène.

Z.P: Votre première scène c’était ?

Du cirque! Quand j’avais 6 ans! Mais sinon ma première grosse émotion théâtrale, sur une vraie scène, ce fut avec ma classe de Terminale quand nous avons joué le Misanthrope au Théâtre de la Colline pendant deux représentations! On était tous sur un nuage!

Z.P: J’imagine que vous aviez un trac fou non ?

Oui évidemment mais j’étais tellement heureuse et excitée ! Je me disais que j’étais au bon endroit! J’avais juste tout mes muscles zygomatiques qui tremblaient mais sinon c’était un super souvenir!

Z.P : Aujourd’hui vous avez donc créé la Compagnie Boite aux Lettres, vous jouez Courteline au Lucernaire et « Adieu Mr Hauffman » au Théâtre du Montparnasse jusqu’en juin prochain, pouvez-vous nous parler de vos projets à moyen terme?

Nous repartons jouer Le Jeu de l’Amour et du hasard au festival d’Avignon . Ce sera notre troisième année consécutive avec ce spectacle! On est très heureux! On jouera tout les jours à 19h05 dans ce magnifique Théâtre du Roi René! La tournée du Jeu de l’Amour continue et on espère que ça va continuer encore. Je jouerai également une magnifique création, un texte fort et poignant de Stéphane Guérin, mis en scène par la sublime Anne Bouvier dont j’adore le travail depuis longtempsCe spectacle s’appelle  «  KAMIKAZES » et ce sera à 21h30 au Buffon théâtre pendant le festival. C’est avec une équipe incroyable que j’adore, Pierre Hélie, Rapahaelline Goupilleau, David Brecourt , Valentin de Carbonnières, Julie Cavanna et Pascal Gauthier. Et ADIEU MONSIEUR HAFFMAN repart en tournée à la rentrée et je suis trop contente de faire partie de cette belle famille et de jouer dans ce magnifique spectacle. Je suis vraiment fière!

Z.P: Et … des projets à plus long terme?

Je vais co-mettre en scène Beaucoup de bruit pour rien de William Shakespeare avec Pierre Hélie. Je jouerai également le rôle de Béatrice. C’est un projet sur lequel nous travaillons depuis longtemps et nous avons grandement hâte de démarrer les répétitions! C’est une pièce très importante pour nous deux et nous sommes sûrs que ça va être une grande et très belle aventure!

Pour tout vous dire , on est complètement surexcités à l’idée de démarrer! Nous commencerons cette aventure en Février 2019 au Chesnay, ensuite en Mai 2019 aux Herbiers et en Juin 2019 à Versailles! J’ai également d’autres projets de mise en scène et de jeu mais j’en parlerais plus tard car pour l’instant il y a encore trop d’inconnues dans mes équations.

Z.P: Laissons un peu de côté la comédienne et parlons un peu plus de la jeune femme que vous êtes Pour vous, c’est quoi le bonheur ?

Créer, jouer, rencontrer de belles personnes, être avec les gens que j’aime, rire, inventer, rencontrer, être, me marrer, aimer, adorer même ! 

Z.P: Quel est votre moment préféré de la journée?

ça dépend de la journée mais j’avoue qu’en règle générale, j’aime bien le début de soirée.

Z.P: Si vous deviez vivre ailleurs qu’à Paris ce serait ???

Londres

Z.P: Vous avez la possibilité de voyager dans le temps…vous choisissez de rencontrer qui?

Oh y’en a tellement! En premier Cyrano de Bergerac!

Z.P: Dans votre playlist on trouve ???

Du rock

Z.P: Et …dans votre sac à main ?

Mon parfum à la fleur d’oranger de la boutique le Labo

Z.P: Côté mode, un créateur chouchou ?

J’adore Léon et Harper

Z.P: Un film ou un roman que vous seriez capable de revoir /de relire mille fois

All about Eve! Les parrains ! En roman, dernièrement j’ai lu Le Soleil Des Scorta de Laurent Gaudé (NDLR. Prix Goncourt 2004) et j’ai a-do-ré!!!

Z.P: Une astuce pour rester en forme ?

Rire toute la journée

Z.P: Côté gourmandise, plutôt salé ou sucré ?

Les deux mon capitaine! Et oui I am Gourmande!

Z.P: L’un de vos plus beaux souvenirs…

Mon anniversaire! J’ai fêté dernièrement mes 30 ans! C’était magique! 

Z.P: Je termine régulièrement mes interviews par le fameux « portrait chinois » qui mine de rien en dit long sur la personnalité:

Alors dites-moi, si vous étiez une ville ce serait ?  … Paris

Un dessert?   … Une tarte au citron

Une couleur ?   … Orange

Un vêtement ?  …. Une robe

Une saison ?      … Le printemps

Merci beaucoup Salomé d’avoir pris le temps de répondre à toutes mes questions et encore bravo pour votre succès!

Salomé Villiers est actuellement à l’affiche de la pièce ADIEU MONSIEUR HAFFMANN au Théâtre Montparnasse.

Crédits photos: Karine Letellier – Julien Jovelin

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